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lundi 30 janvier 2012

Fiche de lecture : Dominique Pasquier, Cultures lycéennes, la tyrannie de la majorité [2005]

Dominique Pasquier, Directrice de recherche au CNRS, interroge le rapport que les lycéens entretiennent à la culture dans un contexte de profond changement, marqué principalement par le recul de la transmission culturelle entre générations et l’avènement des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Etayant son propos à partir d’une enquête empirique réalisée auprès de lycéens issus de classes sociales différentes (favorisée, moyenne et populaire), l’auteur montre l’impact de ces changements sur les contenus des cultures juvéniles et leur diffusion, ainsi que sur la socialisation des jeunes et l’organisation de leurs réseaux sociaux. L’un des points saillants de sa recherche est l’homogénéisation des pratiques culturelles entre classes sociales tandis que les clivages sexuels se renforcent.

L’ouvrage s’organise en trois parties. Dans la première partie, Dominique Pasquier présente le contexte social de sa recherche comme terrain propice au développement de l’individualisation et de l’autonomisation des pratiques culturelles des jeunes. Elle montre que ces pratiques génèrent différents types de liens sociaux (considération de l’autre, relation amicale, rejet) et participent à imposer, de ce fait, une culture de masse à laquelle les jeunes ne peuvent se soustraire au risque de se voir exclure du groupe majoritaire.

La seconde partie de l’ouvrage est consacrée à la manière dont se structurent les réseaux sociaux des jeunes à partir de pratiques culturelles et de goûts partagés. Ces derniers sont appréhendés comme attributs de construction et d’affirmation identitaire. L’auteur les passe en revue ainsi que leurs conditions d’affichage (assumés ou cachés) au sein du groupe.

Dans la troisième partie, elle s’intéresse à la façon dont s’organisent les réseaux sociaux juvéniles au regard des modes de communication dont les lycéens disposent. Quels usages font-ils du courrier, de l’e-mail, du SMS… en fonction des situations auxquelles ils sont confrontés et des personnes auxquelles ils s’adressent ?

Problématique

Affranchis de l’autorité des adultes, dotés de nouveaux moyens d’information et de communication qui leur donnent un accès élargi à la culture, les jeunes n’ont jamais été aussi libres et autonomes dans leurs pratiques culturelles. Pourtant, on observe que la contrainte normative, qui s’exerçait auparavant au sein de la famille, s’est déplacée sur le terrain de l’école, via le groupe de pairs, de manière « tyrannique » (pour reprendre l’expression de Hannah Arendt dans son ouvrage La crise de la culture, 1986). Les pairs imposent une culture de masse qui dicte une nouvelle hiérarchie des goûts, exclut la culture classique et rejette la différence. Comment peut-on expliquer ce phénomène ? C’est ce que l’auteur va chercher à comprendre en observant le processus d’acquisition et de diffusion de la culture à travers l’utilisation d’internet et du téléphone portable, devenus les outils emblématiques de cet espace social remodelé.
Hypothèses

Les pratiques culturelles « phares » des jeunes sont celles qui privilégient la communication et le lien social.

Les « cultures juvéniles se nourrissent de dynamiques sociales. Les pratiques ont en point de mire les échanges et les interactions qu’elles permettent d’avoir avec l’entourage » (page 56). Pour Dominique Pasquier, seules les pratiques culturelles permettant les échanges verbaux immédiats, à partir d’activités partagées par tous, au même moment, remportent du succès auprès des jeunes. Dans cette perspective, la lecture classique, par exemple, ne constitue pas un bon support de sociabilité contrairement aux séries télévisées, émissions de télé-réalité…dont on peut parler le lendemain de la diffusion.Les échanges verbaux viennent ici valider le lien social à travers un même vécu, plutôt qu’enrichir la conversation. Une sélection des thématiques jugées dignes d’intérêt est alors réalisée au bénéfice du plus grand nombre, repoussant les goûts hors normes et tout ce qui n’offre pas un accès immédiat (culture humanisme classique par exemple).

La mixité à l’école a renforcé le besoin des garçons d’affirmer leur virilité et ainsi de se distinguer du groupe des filles, devenant un moteur d’exclusion.

Autre facteur d’exclusion, sexuel cette fois-ci : les pratiques culturelles des garçons (jeux vidéo, ordinateur) sont jugées supérieures par le groupe à celles des filles qui valorisent les sentiments, la « culture de la confidence », la culture « commerciale » possibles avec la télévision ou le téléphone. Internet a accentué le phénomène de cette hiérarchisation des goûts, les interfaces techniques relevant davantage de la masculinité, comme les sciences et les mathématiques à l’école. Les garçons se positionnent ainsi à la pointe de la modernité quand les filles continuent à privilégier d’anciens modes de communication.Du fait de la mixité généralisée à l’école, les garçons auraient davantage besoin d’affirmer leurs valeurs de virilité, excluant les filles mais aussi leurs homologues faisant preuve d’une trop grande sensibilité en public. Ce sont dans les milieux défavorisés que ces faits sont le plus distinctement observés tandis que dans les milieux bourgeois, où le rôle de transmission culturelle des parents, quoi qu’amoindri, fonctionne encore, les hommes se distinguent toujours par des manières plus raffinées, proches du mode de fonctionnement féminin, axé sur l’écoute et le dialogue.

Enquête/méthodologie

L’enquête se déroule en 2001-2002 dans 3 lycées généraux et technologiques de Paris et grande banlieue. Le lycée parisien recrute des élèves issus de « milieux extrêmement privilégiés ». Un des lycées de banlieue accueille des jeunes issus de milieux défavorisés et de la classe moyenne, tandis que le troisième accueille des jeunes très diversifiés. Un questionnaire quantitatif court sur les pratiques culturelles et de communication des jeunes est diffusé auprès de 944 élèves répartis également dans les 3 lycées, tous niveaux et filières confondus. 65 entretiens semi-directifs sont réalisés auprès de 20 lycéens de l’établissement parisien et de 45 lycéens des établissements de banlieue.L’objectif de l’enquête est d’observer comment certaines pratiques plutôt que d’autres peuvent participer à créer des liens sociaux et amicaux entre les jeunes ou au contraire provoquer l’exclusion. L’auteur s’intéresse en particulier aux pratiques « ordinaires » du quotidien (partagées par le plus grand nombre) et aux « phénomènes de stylisation » (exprimer sa personnalité à travers ses choix culturels en les affichant).

Résultats

La culture obéit désormais à un processus de transmission horizontale

« La cartographie des cultures communes s’élabore aujourd’hui moins sur la base d’un découpage par l’origine sociale que par l’âge ou le sexe ». Page 162.D’un processus vertical qui partait d’une part, des parents et de l’école, vers la génération suivante, et d’autre part, de l’élite sociale vers les classes défavorisées, la culture obéit désormais à un processus de transmission horizontale entre pairs, via les nouveaux outils d’information et de communication. Le pouvoir a changé de mains. Ce ne sont plus les parents qui imposent leur culture aux enfants et la classe dirigeante qui dicte normes et modèles, comme l’affirmait Bourdieu en son temps, mais la majorité relayée par les medias.

La culture populaire devient un modèle avant-gardiste

« Les jeunes préfèrent se tourner vers des cultures qui mettent en scène un style de vie. Ainsi, la musique rap remporte du succès parce qu’elle fournit une déclinaison d’objets, de styles, de loisirs qui participent au travail de présentation de soi ». Page 162.Parce ce qu’elle se renouvelle rapidement et régulièrement, contrairement à la culture consacrée plus statique, les jeunes se tournent vers la culture populaire qui leur permet également de marquer leur différence générationnelle dans un contexte où le conflit parents/enfants est moins prégnant. Ce sont les transformations des relations au sein de la famille qui ont « renversé la hiérarchie culturelle ».

Ce sont les liens faibles qui dictent leurs lois au groupe

Malgré le développement de l’individualisation (toutefois moins présent au sein des milieux défavorisés où s’exerce un contrôle social supérieur des pairs lié à la promiscuité) et l’encouragement à l’expression personnelle (notamment au sein de la famille), la pression du groupe des pairs à l’école est très forte. Ce sont les « liens faibles » (entourage) qui dictent leurs lois au groupe tandis que les « liens forts », sous couvert de l’amitié, autorisent davantage de tolérance.

Le groupe de pairs et les medias sont des « substituts fonctionnels » aux parents qui n’imposent plus autant de contrainte culturelle.

« Existe-t-il un lien entre l’assouplissement de l’autorité adulte et le durcissement des consignes au sein du groupe de pairs ? »C’est l’idée centrale de la théorie proposée par Dominique Pasquier. Les jeunes sont en mal de repères. Comme le dit l’aphorisme d’Aristote « la nature a horreur du vide ». Ce sont les pairs et les medias qui prennent le relais, estompant les distinctions culturelles entre classes sociales et renforçant la ségrégation sexuelle. Légèrement en retrait, les filles sont toutefois moins exposées que les garçons à la pression sociale qui les place en position avantageuse mais fragile.

Analyse critique de l’ouvrage

En s’intéressant au début des années 2000 à la culture des lycéens, Dominique Pasquier investit un terrain encore peu exploré par les sociologues qui sous-estiment alors la diversité de la population adolescente[1] et se focalisent plutôt sur les problématiques de crise et de conflit, traitées par ailleurs par les psychologues. La culture des adultes, elle, fait l’objet depuis les années 70 d’une vaste enquête « Les français et la culture » réalisée tous les dix ans par le ministère de la culture[2].Lier l’étude des cultures lycéennes aux outils d’information et de communication et au phénomène de socialisation, ajoute encore au caractère original et novateur de sa démarche. Dès lors, nous pouvons supposer que les nouveaux outils d’information et de communication et leur usage, avec les multiples questions qu’ils posent et inquiétudes qu’ils suscitent sur le comportement social des enfants et des adolescents, ont permis d’attirer indirectement le regard sur la culture des jeunes, thématique alors négligée. Les résultats de la recherche de Dominique Pasquier, dont un des points à retenir est le nouveau rôle joué par les pairs dans le quotidien des jeunes, illustrent, d’une certaine manière, le phénomène qui est en train de se produire : le réseau relationnel qui revêt une importance alors jusque-là inégalée, gagne ses « lettres de noblesse ». Il n’est qu’à considérer la création et le développement des réseaux sociaux en ligne, personnels et professionnels, qui donnent toute son importance au « portefeuille relationnel », renforçant au passage son caractère socialement distinctif. Alors que Dominique Pasquier réalise sa recherche (débutée en 2001 avec l’enquête, publiée en 2005), les premiers réseaux sociaux à succès voient en effet le jour : Copains d’avant (2001), Myspace (2003), Facebook (2004), viadeo (2004),…

L’ouvrage de Dominique Pasquier est particulièrement intéressant parce qu’il s’attache à étudier les pratiques en donnant largement la parole au public concerné. Il se veut fidèle à leurs propos, ce qui dégage une authenticité que les approches théoriques, présentes et éclairantes, ne viennent pas occulter. En étudiant cet ouvrage en 2011, on ne peut toutefois négliger le fait que le développement des nouvelles technologies a été fulgurant ces dernières années : le tableau des pratiques aujourd’hui n’est peut-être plus tout-à-fait celui des premières années de l’an 2000. Le profil des internautes, par exemple, se rapproche progressivement de celui de la population française de manière générale, avec des distinctions moindres en termes de sexe et de CPS[3].

L’apport principal, et le plus intéressant, de cet ouvrage me semble être la mise en évidence du rôle renforcé des pairs dans les choix culturels et dans la vie des jeunes en général. Je reste plus dubitative sur l’idée que les pairs et les medias deviennent des « substituts fonctionnels » aux parents. L’auteur n’essayerait-elle pas ici de transmettre une idée qui lui est personnelle ? L’objet de son enquête n’est pas d’étudier directement le processus de transmission culturelle entre parents et enfants. Elle affirme que la transmission culturelle entre générations se fait moins automatiquement qu’autrefois en évoquant la question d’une « crise » de la transmission culturelle, à laquelle elle répond positivement dans sa conclusion : « la culture entre pairs peut neutraliser les acquis de la culture que les parents essaient de transmettre ». De nombreuses études depuis, en particulier celles de Sylvie Octobre[4], sociologue au ministère de la culture et de la communication, indiquent que la consommation culturelle est encore fortement tributaire des parents et du milieu social, même si cela a tendance à s’atténuer avec la démocratisation de l’accès à une plus large palette de pratiques. « La famille demeure le premier lieu de sensibilisation culturelle » (S. Octobre 2009). Les parents ont tendance à croire qu’il existe un lien fort entre pratiques culturelles et réussite scolaire. La fracture sociale perdure donc, au-delà d’un « découpage par âge ou par sexe » comme l’écrit Dominique Pasquier. D’ailleurs, si on y regarde de plus près : son enquête montre bien que si les jeunes de milieux sociaux différents utilisent les mêmes modes d’information et de communication, ils n’en font pas le même usage. Ajoutons que la transmission culturelle n’est pas la « reproduction à l’identique de comportements d’une génération à une autre […] mais suppose un processus de réappropriation » (S.Octobre, 2009). Ce qui signifie que la transmission culturelle peut fonctionner même si les objets prennent des formes différentes. La culture est une « matière vivante ». Enfin, il faut prendre en compte les apprentissages informels (P.Erny, 1987) qui agissent au sein de la famille. On peut se demander d’ailleurs, si les jeunes n’adhèrent pas davantage à la culture de leurs parents lorsque celle-ci ne leur est pas imposée avec autorité, et qu’en retour, les parents font preuve de curiosité et de respect pour les goûts et les pratiques de leurs enfants ?






[1] Introduction de Pierre Bruno à propos de son ouvrage Existe-t-il une culture adolescente? In Press Editions, Paris, 2000 sur son blog http://b4p5.free.fr/index.php?option=content&task=view&id=20
[2] La dernière est parue en 2008 était la cinquième édition
[3] Observatoire des usages internet, Mediamétrie, 2009
[4] Sylvie Octobre, Tels parents, tels enfants ? Une approche de la transmission culturelle en 2008, Pratiques culturelles chez les jeunes et institutions de transmission : un choc de cultures ? en 2009, La diversification des formes de la transmission culturelle : quelques éléments de réflexion à partir d’une enquête longitudinale sur les pratiques culturelles des adolescents en 2011

vendredi 22 avril 2011

Bernard Lahire relit la théorie de l'habitus

Souvenez-vous de ce billet sur la question du goût vue par Pierre Bourdieu...Nous allons maintenant présenter l'analyse de Bernard Lahire et sa relecture de la théorie de l'habitus. Sans remettre en cause l’existence des classes sociales comme cela lui a parfois été reproché, Bernard Lahire démontre, à partir de l'analyse d'une centaine d'entretiens, que l’individu se définit, non pas à partir d'un héritage culturel unique (et cloisonné) lié à son appartenance à une classe sociale, mais à partir de plusieurs héritages acquis au contact de multiples institutions et individus, comme la famille, l'école, les amis, l'univers professionnel etc. Pour Bernard Lahire, la question du goût et des pratiques culturelles est bien plus complexe qu’elle n’apparaît dans l’analyse de Pierre Bourdieu. En opposition avec une approche de déterministe, Lahire développe une sociologie qui tient compte des dispositions et des contextes pour mettre au jour des variations ; une sociologie qui se situe à l’échelle de l’individu, qui met en évidence la multiplicité et la complexité des interactions entrant dans le jeu de la socialisation des acteurs.


Entretien avec Bernard Lahire, sociologue par laviedesidees



Il explique que la plupart d’entre eux connaissent au cours de leur vie de légers (ou plus prononcés) « déplacements » dans leur manière d’être, de penser et d’agir en fonction des expériences qu’ils vivent et qu’ils intériorisent, « plient » et « déplient » au grès des situations rencontrées. Pour Bernard Lahire, Bourdieu n’a pas effectué le travail de terrain nécessaire, ce qui l’a conduit à caricaturer les différences entre classes sociales. Lahire reconnaît volontiers l’existence d’un habitus culturel mais le place de façon exclusive aux deux extrémités de la hiérarchie sociale : la classe la plus élevée cherche à sociabiliser ses enfants dans l’objectif de pérenniser leur appartenance sociale en organisant le suivi de leur vie scolaire, en veillant à leur proposer des activités extra-scolaires en phase avec leur positionnement social, en surveillant leurs fréquentations… Tandis que la classe la moins élevée, du fait d’une certaine misère sociale et culturelle, reproduit les mêmes schémas d’une génération à l’autre. Pour lui, le concept d’habitus ne concerne qu’une petite partie de la population. La grande majorité, issue de la classe moyenne, peut tout à la fois aller à l’opéra et suivre une série de télé-réalité, s’inscrivant dans ce qu’il nomme un contexte de « dissonance sociale ». Les individus oscillent entre recherche de légitimité et « laisser aller » qu’ils considèrent avec un certain sentiment de culpabilité. Alors que pour Bourdieu, la distinction agit dans la recherche d’imposition des goûts et des modèles de la classe la plus élevée, Lahire la resitue au niveau de l’individu. Ce dernier a intériorisé la hiérarchie des pratiques culturelles et recherche à se distinguer (« distinction de soi ») par rapport à son entourage, amis, famille, voisins. Pour Lahire, le moteur de la distinction est la peur de chuter, de régresser dans la hiérarchie sociale.

dimanche 29 août 2010

Instinct et culture

  • Le comportement instinctif est essentiellement congénital et non appris alors que la culture est non héréditaire et apprise.
  • L’instinct est endogène (qui se forme à l’intérieur sans intervention extérieure) alors que la culture est de nature sociale, c’est un bien collectif.
  • L’instinct se mêle de réflexes, tropismes (réaction à un stimulus), actes intelligents alors que la culture s’appuie sur des instincts pour se construire. La culture complète et affine l’instinct.
  • Culture et instincts se rapprochent dans le sens où l’activité culturelle est toujours mêlée de réflexes, d’habitudes, d’impulsions et d’activités instinctives.
  • La culture remplit pour l’homme la même fonction d’adaptation à son environnement que l’instinct chez l’animal.
  • La culture est propre à l’homme parce que seul celui-ci a pu développer la fonction symbolique et accumuler un réservoir de symboles de divers niveaux d‘abstraction . La culture permet à l’homme de bénéficier des acquis ne pouvant s’inscrire dans l’organisme biologique.

Culture et idéologie

Karl Marx a donné une signification très large au terme d’idéologie, l’assimilant ainsi à la culture, et une connotation péjorative dans le sens où il considère qu’elle est forcément aliénante « la puissance matérielle dominante » (classe sociale maîtrisant les moyens de production) possédant en même temps la « puissance spirituelle ». Il considère l’idéologie comme une « fausse conscience de la réalité » sociale, économique, politique.

En dehors de la tradition marxiste, les sociologues ont tenté d’en donner une définition plus restreinte considérant que l’idéologie est un élément de la culture constitué essentiellement d’un système d’idées et de jugements organisé pour décrire, expliquer, interpréter ou justifier la situation d’un groupe ou d'une collectivité et qui s’inspire de valeurs, proposant une orientation précise à son action historique.

 Une place centrale dans la culture
  • L’idéologie est une doctrine car elle revêt une forme explicite et verbalisée, elle fait référence aux valeurs.
  • Elle pousse l’individu ou la collectivité à l’action, ou du moins la dirige en fournissant buts et moyens. Elle a une fonction conative (utilisée par l'émetteur pour que le récepteur agisse sur lui-même et s'influence).
  • Elle cherche à opérer une jonction inspiratrice de modèles culturels, de sanctions et des symboles.
  • Elle permet aux sociologues, par l’observation, d’appréhender les sources du changement social.
  • Elle autorise des choix mais à l’intérieur des contraintes qu’elle impose.

Les fonctions de la culture

Fonction sociale
La fonction essentielle de la culture est de réunir une pluralité de personnes. D’autres facteurs contribuent de manière objective au même résultat comme les liens du sang, la proximité géographique, la cohabitation au sein d’un territoire, la division du travail. Mais ces facteurs sont transposés et réinterprétés dans et par la culture qui leur donne une signification ( ex : le mariage, la prohibition de l’inceste…).

Fonction psychique
La culture remplit une fonction de « moulage » des personnalités individuelles qui fournit des modèles de pensée, de connaissance, des idées, des canaux privilégiés d’expression, des moyens de satisfaire des besoins physiologiques etc.
Cependant, ce moule n’est pas rigide, il permet des adaptations individuelles et offre des options entre des valeurs dominantes, variantes ou déviantes. La société peut autoriser une part d’innovation, toutes ne laissant pas la même latitude.

lundi 16 août 2010

Définition et caractéristiques de la culture

Inspirée de Tylor et de Durkheim, la culture peut être définie comme un "ensemble lié de manières de penser, sentir et d'agir plus ou moins formalisées qui, étant apprises et partagées par une pluralité de personnes, servent, d'une manière à la fois objective et symbolique, à constituer ces personnes en une collectivité particulière et distincte".

Ses caractéristiques principales :
 
  • la culture s'adresse à toute activité humaine, elle est action vécue par les personnes (penser, sentir, agir)
  • elle est formalisée (plus ou moins) à travers des codes de lois, formules rituelles, cérémonies, connaissances scientifiques, technologie, théologie, mais aussi à des degrés divers, les arts, le droit coutumier, les règles de politesse...
  • elle est partagée par une pluralité de personnes : manières de penser, sentir, agir, considérées comme idéales ou normales
  • elle s'acquiert résultant de différents modes et mécanismes d'apprentissage
  • elle contribue à constituer une collectivité de manière à la fois objective et symbolique
  • elle forme un "ensemble lié", un système dont les éléments constitutifs sont unis dans une cohérence, ressentie subjectivement par les membres d'une société
Les sociologues et ethnologues discernent les groupements, collectivités, sociétés ainsi que leurs frontières à travers les symboles de participation que fournit la conduite des personnes. La culture prend ainsi le caractère d'un vaste ensemble symbolique.

Historique de la notion de culture

La culture sous l'angle de "progrès intellectuel"

Ce sont les études d'histoire naturelle qui donnent naissance au concept de culture en Allemagne à la fin du XVIIIe siècle. Leur objet porte en particulier sur l'analyse comparée de l'évolution des moeurs, institutions, idées, arts et sciences des sociétés et civilisations. Le terme de culture est employé en France depuis le moyen-âge mais s'applique au culte religieux, tandis que le champs cultivé est alors appelé "couture" ou "coture". Le verbe "culturer" ou "couturer" désigne l'action de cultiver la terre. Il donne naissance au XVIIe siècle au nom de culture : travail de la terre. Par extension ou analogie, on applique également ce terme à la science et à l'esprit, puis au XVIIIe siècle, la culture en vient à signifier la formation de l'esprit dans le sens de progrès intellectuel.

Une nouvelle connotation collective

Johann Christoph Adelung, grammairien philologiste allemand, reprend le terme de culture dans un sens plus étendu qu'il définit comme "progrès intellectuel et social de l'homme en général, des collectivités, de l'humanité" lui donnant pour la première fois une connotation collective.

On note que la notion de culture est née de l'histoire, de l'ethnologie, et non de la philosophie.

Avec Edward Tylor, considéré aujourd'hui comme le fondateur de l'anthropologie britannique, célèbre pour sa définition ethnologique de la culture, "la culture ou la civilisation, entendue dans son sens ethnologique étendu, est cet ensemble complexe qui comprend les connaissances, les croyances, l'art, le droit, la morale, les coutumes, et toutes les autres aptitudes et habitudes qu'acquière l'homme en tant que membre d'une société". Sa définition reste assez descriptive mais apporte une nouveauté notable : elle ne présente plus la culture à travers la notion de progrès.

Naissance de l'anthropologie culturelle ou sociale

Avec la naissance de l'anthropologie culturelle aux Etats-unis, l'anthropologie en vient à se définir comme la science de la culture. Elle est désignée sous le terme d'anthropologie sociale en Grande-Bretagne qui la distingue également de l'anthropologie physique. Elle s'autonomise progressivement de la tutelle de l’anthropologie physique au tournant des XIXe et XXe siècles, aux États-Unis, en Angleterre ou encore en France, sous le terme d’ethnologie.

Culture et civilisation

Les termes de culure et de civilisation sont appréhendés de façon différente par les sociologues, l'un et l'autre pouvant être reliés soit à la matière (moyens collectifs dont disposent les hommes pour exercer un contrôle sur la nature), soit à l'esprit (moyens collectifs dont disposent les hommes pour exercer un contrôle sur eux-même). Distinction qui sera par la suite considérée comme factice, donnant ainsi la préférence au terme culture.

Certains sociologues contemporains font cependant la distinction entre les termes culture et civilisation mais dans un sens différent : le terme civilisation désigne un ensemble de cultures particulières (ex : civilisation occidentale) tandis que le terme de culture est employé dans le cadre d'une société donnée et identifiable.

Le terme de civilisation peut en outre être employé pour les sociétés présentant un stade plus avancé de développement, marqué par le progrès technique, scientifique, l'urbanisation, la complexité de l'organisation sociale etc. Cette définition évolutionniste inclut un jugement de valeur. C'est pourquoi on emploie plutôt aujourd'hui les termes d'industrialisation, de développement et de modernisation plutôt que celui de civilisation.