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mardi 1 février 2011

La gestion et les rites, Claude Riveline

Dans son article "La gestion et les rites", Claude Riveline démontre comment les actes ritualisés, notamment au sein des entreprises, sont plus efficaces que les idées. Partant de l'hypothèse d'Emile Durkheim dans Les formes élémentaires de la vie religieuse qui stipule qu'un rite nécessite une tribu pour l'observer et un mythe pour lui donner sens, Claude Riveline observe les rites dans le monde des affaires. Il établit une correspondance entre rites/mythes/tribus et méthodes/raison/équipes, transposant les mécanismes des "peuplades primitives et exotiques" au monde moderne. C'est le regard de l'ethnologue introduit dans notre quotidien. Ce qui est étonnant, remarque Claude Riveline, est que le vocabulaire moderne peut évoluer en contre-sens par rapport à celui des "peuplades exotiques" lorsque le triangle ne fonctionne plus : ainsi la tribu devient-elle un clan lorsque la raison s'écroule (elle devient alors un mythe), on taxe de rites des méthodes qui n'auraient plus de sens. Claude Riveline cherche à comprendre comment ce triangle rites/mythes/tribus peut recouvrir dans nos sociétés modernes des "connotations suspectes", à la lumière d'autres domaines de la vie sociale où celui-ci est présent : armée, sports, musique, école, politique...Son analyse nous montre que les rites sont partout et qu'aucun acte n'est dénué de valeur symbolique. Riveline attribue le basculement du triangle mythes/rites/tribus vers quelque chose qu'il qualifie d'inconvenant à la déception que nos sociétés ont subie suite aux espoirs nés du siècle des Lumières : repousser les dogmes au profit de la raison, habiller ceux qui sont nus, nourrir ceux qui ont faim. En lieu et place de quoi, notre société a placé le mythe dans la fabrication des objets (surpassant l'activité humaine), le rite dans l'usage des chiffres, la tribu dans l'humanité entière.

mardi 18 janvier 2011

L’imaginaire devient un rapport social quand il se traduit par des pratiques symboliques

Dans « Communauté, société, culture - Trois clefs pour comprendre les identités en conflits », Maurice Godelier démontre que les sociétés ne se constituent pas dans l’histoire à partir des liens de parenté (Lévi-Strauss) – même s’il reconnaît qu’ils sont une composante essentielle de la vie sociale - ou de production (thèse marxiste) mais à travers les rites d’initiation qui imposent un régime de pouvoir, un ordre au sein de la société. Après avoir analysé les rapports sociaux existants au sein de diverses sociétés dont celle des Baruya de Papouasie Nouvelle-Guinée, qu'il étudie de 1966 à 1988, il met en évidence que l'ordre social (ici fondé sur la domination masculine) repose sur les rites qui alimentent les mythes fondateurs, eux-même issus de faits imaginaires. Chez les Baruya, on apprend très tôt aux jeunes garçons que ce sont les femmes qui ont tout d’abord existé. Elles ont inventé de nombreuses choses parmi lesquelles les  arcs et les flèches dont elles ne savent pas bien se servir (elles tuent trop d’animaux…). Les hommes les leur ont confisqués puis interdits, ainsi que leurs flûtes, qui symbolisent leur vagin et que les hommes s'approprient.  A travers les rites d’initiation, les hommes perpétuent les actes visant à priver les femmes de leurs pouvoirs. « On mesure donc le rôle immense de l’imaginaire dans la construction des réalités sociales et des subjectivités qui les vivent et les reproduisent ».