Pour Maurice Godelier, tout rapport social entre individus, qu'il soit politique, religieux, économique, familial... est soumis à la présence de "noyaux de réalités imaginaires" s'incarnant dans des institutions et des pratiques symboliques. Godelier rattache l'imaginaire à la pensée constituée des représentations que les humains se sont faites et se font de la nature et de l'origine de l'univers, des êtres qui le peuplent ou sont supposés le peupler et d'eux-même pensés dans leurs différences et/ou les différences qu'ils croient percevoir. Dans cet imaginaire, l'"idéel" constitue la part subjective des rapports sociaux. C'est-à-dire pour Godelier "l'ensemble des représentations, règles de conduite, valeurs, positives ou négatives, attachées par le contenu et la logique d'une culture, aux êtres, aux choses, aux actions, aux événements qui entourent les individus, événements qu'ils subissent ou procèdent d'eux." Une culture n'existe vraiment que si l'idéel dont elle procède est associé à des pratiques sociales et matérielles. Le symbolique est l'ensemble des moyens et des processus par lesquels des réalités idéelles s'incarnent dans des réalités matérielles et des pratiques qui leur confèrent un existence concrète, visible, sociale. Les symboles ne survivent, pour Godelier, que s'ils font sens. C'est pourqoi, contrairement à Claude Lévi-Strauss, il affirme que c'est l'imaginaire partagé qui maintient les symboles en vie (et non les symboles qui priment sur l'imaginaire et le réel).
Source : Au fondement des sociétés humaines, Ce que nous apprend l'anthropologie - Maurice Godelier.
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mercredi 26 janvier 2011
samedi 22 janvier 2011
Méthodologie - Comprendre pour comparer et comparer pour comprendre
Il y a quelque chose que Maurice Godelier explique très bien dans l'introduction à son ouvrage "Au fondement des sociétés humaines - Ce que nous apprend l'anthropologie", c'est le rôle et le métier d'anthropologue. Si l'on y retrouve quelques-unes des grandes idées, les "classiques", des règles de la méthode sociologique de Durkheim, son approche contemporaine nous permet de resituer la fonction de l'anthropologue dans le monde d'aujourd'hui. Globalisé, Godelier précise qu'il est reconfiguré par deux mouvements inverses : "un mouvement d'intégration et de mondialisation des activités et des rapports économiques au sein de chaque société et entre elles, et un mouvement de segmentation politique et culturelle qui divise et subdivise, souvent dans la violence, des ensembles politico-économiques préexistants et donne naissance à de nouveaux Etats qui doivent alors se transformer en nations" [...] réinventant leurs traditions locales. Il rappelle que la démarche intellectuelle de comparaison "de sociétés dans l'espace (anthropologie, sociologie) et dans le temps (archéologie, histoire) est au fondement même des sciences sociales". C'est la comparaison qui permet de développer des connaissances qui peuvent être utilisées pour analyser et résoudre des problèmes concrets qui se posent dans une société. Les recherches comparatives permettent, selon Godelier, une déconstruction critique, et une reconstruction plus rigoureuse des thérories en anthropologie et sciences sociales.
mardi 18 janvier 2011
L’imaginaire devient un rapport social quand il se traduit par des pratiques symboliques
Dans « Communauté, société, culture - Trois clefs pour comprendre les identités en conflits », Maurice Godelier démontre que les sociétés ne se constituent pas dans l’histoire à partir des liens de parenté (Lévi-Strauss) – même s’il reconnaît qu’ils sont une composante essentielle de la vie sociale - ou de production (thèse marxiste) mais à travers les rites d’initiation qui imposent un régime de pouvoir, un ordre au sein de la société. Après avoir analysé les rapports sociaux existants au sein de diverses sociétés dont celle des Baruya de Papouasie Nouvelle-Guinée, qu'il étudie de 1966 à 1988, il met en évidence que l'ordre social (ici fondé sur la domination masculine) repose sur les rites qui alimentent les mythes fondateurs, eux-même issus de faits imaginaires. Chez les Baruya, on apprend très tôt aux jeunes garçons que ce sont les femmes qui ont tout d’abord existé. Elles ont inventé de nombreuses choses parmi lesquelles les arcs et les flèches dont elles ne savent pas bien se servir (elles tuent trop d’animaux…). Les hommes les leur ont confisqués puis interdits, ainsi que leurs flûtes, qui symbolisent leur vagin et que les hommes s'approprient. A travers les rites d’initiation, les hommes perpétuent les actes visant à priver les femmes de leurs pouvoirs. « On mesure donc le rôle immense de l’imaginaire dans la construction des réalités sociales et des subjectivités qui les vivent et les reproduisent ».
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