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mardi 24 mai 2011

Limites de l'habitus dans la société "contemporaine"

Cet article fait suite à Bernard Lahire relit la théorie de l'habitus.

Le concept d'habitus apparaît avec Durkheim. Il correspond à ce qu'il a identifié au sein de sociétés restreintes, fermées, qui développent des modes de penser, d'agir et de sentir homogènes (sociétés traditionnelles, exemple de l'internat). Bourdieu s'en est inspiré, comme il s'est inspiré également de l'approche d'Erwin Panofsky qui a mis en évidence l'existence d'une "forme formatrice d'habitudes" tout en spécifiant l'exceptionnalité du contexte historique dans lequel on retrouve ce type de processus. Tandis que Bourdieu l'a généralisé aux classes sociales. Ce que Bernard Lahire remet en question est le fait que Bourdieu ait bâti sa théorie à partir de l'observation d'une société faiblement différenciée (pré-industrielle, précapitaliste), la société traditionnelle des paysans colonisés d'Algérie dans les années 60.

Comment différencie t-on une société "traditionnelle" d'une société "contemporaine" ?

La société traditionnelle :
  • possède une démographie généralement faible
  • forte inter-connaissance
  • chacun peut exercer un contrôle sur autrui
  • la division du travail, la différenciation des fonctions sociales et des sphères d'activités y sont peu avancées
  • il y a stabilité et durabilité des conditions de vie
  • un seul modèle de socialisation

Tandis que la société contemporaine se distingue par :
  • l'étendue de l'espace et l'étendue démographique
  • une forte différenciation des sphères d'activité (économique, politique, juridique, religieuse, morale, scientifique, philosophique...), des institutions, des produits culturels, des modèles de socialisation
  • une moindre stabilité des conditions de vie
Dans nos sociétés contemporaines, les enfants sont confrontés à des modèles contradictoires (famille, école, institutions culturelles ou sportives, groupes de pairs, medias...) qui donnent toutes ses limites au concept de l'habitus puisqu'ils sont soumis à diverses influences et peuvent développer des façons d'être et d'agir différentes en fonction des milieux au sein desquels ils se trouvent. Lahire décrit d'ailleurs le même processus chez l'adulte.

vendredi 22 avril 2011

Bernard Lahire relit la théorie de l'habitus

Souvenez-vous de ce billet sur la question du goût vue par Pierre Bourdieu...Nous allons maintenant présenter l'analyse de Bernard Lahire et sa relecture de la théorie de l'habitus. Sans remettre en cause l’existence des classes sociales comme cela lui a parfois été reproché, Bernard Lahire démontre, à partir de l'analyse d'une centaine d'entretiens, que l’individu se définit, non pas à partir d'un héritage culturel unique (et cloisonné) lié à son appartenance à une classe sociale, mais à partir de plusieurs héritages acquis au contact de multiples institutions et individus, comme la famille, l'école, les amis, l'univers professionnel etc. Pour Bernard Lahire, la question du goût et des pratiques culturelles est bien plus complexe qu’elle n’apparaît dans l’analyse de Pierre Bourdieu. En opposition avec une approche de déterministe, Lahire développe une sociologie qui tient compte des dispositions et des contextes pour mettre au jour des variations ; une sociologie qui se situe à l’échelle de l’individu, qui met en évidence la multiplicité et la complexité des interactions entrant dans le jeu de la socialisation des acteurs.


Entretien avec Bernard Lahire, sociologue par laviedesidees



Il explique que la plupart d’entre eux connaissent au cours de leur vie de légers (ou plus prononcés) « déplacements » dans leur manière d’être, de penser et d’agir en fonction des expériences qu’ils vivent et qu’ils intériorisent, « plient » et « déplient » au grès des situations rencontrées. Pour Bernard Lahire, Bourdieu n’a pas effectué le travail de terrain nécessaire, ce qui l’a conduit à caricaturer les différences entre classes sociales. Lahire reconnaît volontiers l’existence d’un habitus culturel mais le place de façon exclusive aux deux extrémités de la hiérarchie sociale : la classe la plus élevée cherche à sociabiliser ses enfants dans l’objectif de pérenniser leur appartenance sociale en organisant le suivi de leur vie scolaire, en veillant à leur proposer des activités extra-scolaires en phase avec leur positionnement social, en surveillant leurs fréquentations… Tandis que la classe la moins élevée, du fait d’une certaine misère sociale et culturelle, reproduit les mêmes schémas d’une génération à l’autre. Pour lui, le concept d’habitus ne concerne qu’une petite partie de la population. La grande majorité, issue de la classe moyenne, peut tout à la fois aller à l’opéra et suivre une série de télé-réalité, s’inscrivant dans ce qu’il nomme un contexte de « dissonance sociale ». Les individus oscillent entre recherche de légitimité et « laisser aller » qu’ils considèrent avec un certain sentiment de culpabilité. Alors que pour Bourdieu, la distinction agit dans la recherche d’imposition des goûts et des modèles de la classe la plus élevée, Lahire la resitue au niveau de l’individu. Ce dernier a intériorisé la hiérarchie des pratiques culturelles et recherche à se distinguer (« distinction de soi ») par rapport à son entourage, amis, famille, voisins. Pour Lahire, le moteur de la distinction est la peur de chuter, de régresser dans la hiérarchie sociale.

lundi 28 juin 2010

Pierre Bourdieu et la question du goût

Pour Pierre Bourdieu la question du goût, des choix de consommation, s'explique à travers la façon dont les individus mentalisent les aspects socio-symboliques des biens. Dans La distinction, Pierre Bourdieu remet en cause l'approche subjectiviste du goût au profit d'une approche parfois qualifiée de déterministe qui s'appuie sur l'idée que les goûts proviennent d'un héritage socio-culturel.

Bourdieu explique que les goûts, qu'ils soient vestimentaires, alimentaires, de loisirs etc. semblent redondants les uns par rapport aux autres. Il distingue les habitudes et routines acquises et reproduites machinalement au sein d'un habitus. Cette concordance des goûts appliquée à divers univers débouchera plus tard sur les styles de vie.
Benoît Heilbrunn définit le terme d'habitus comme un "opérateur servant à décrire à la fois la systématicité des propriétés et des goûts d'un individu ou d'un groupe et la perception par l'ensemble des agents sociaux de cette systématicité comme système de signes qualifiés". Dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es...