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lundi 14 février 2011

Caractéristiques du symbole et du symbolisme, Edward Sapir

Tout symbolisme implique des significations qu’on ne peut pas déduire de l’expérience. Il représente une
« concentration d’énergie » : sa signification n’a aucune mesure avec la banalité de sa forme (Sapir évoque ici l’exemple de la fonction décorative de traits de plume dans lesquelles certaines civilisations lisent assassinat ou Dieu). Sapir distingue 2 types de symbolisme :

Le symbolisme de référence qui comprend par exemple, la langue parlée, l’écriture, le code télégraphique, les emblèmes nationaux…

Le symbolisme de « condensation » : forme très ramassée de conduite substitutive qui permet de libérer instantanément une tension affective sous forme consciente ou inconsciente.

Comme nous l’avons vu chez Riveline, pour Sapir, toute culture est largement chargée de symbolisme, tout comportement, même le plus simple, obéissant à des impulsions inconscientes. Les raisons données à posteriori rationalisent un comportement. Même le savant qui développe une théorie complexe et documentée obéit à des besoins inconscients. "Si le savant milite en faveur de ses théories, ce n'est pas qu'il les croit vraies c'est qu'il les voudrait telles".
 La politesse, qui a pour objectif d'oeuvrer en fonction de relations sociales harmonieuses, possède, par ailleurs, une forte valeur symbolique d'appartenance à un milieu social type. Il faut connaître le code pour montrer qu'on appartient à ce groupe fermé. De même, l'éducation est un vaste champs de comportement symbolique : avoir un diplôme correspond à l'acquisition d'un savoir mais ouvre aussi l'accès à une position avantageuse à laquelle un autre diplôme n'ouvre pas.
Enfin Edward Sapir conclut en expliquant qu'un modèle de comportement social perd toute sa valeur si la manière dont il est considéré devient symbolique par habitude, sans plus être relié aux considérations qui lui ont valu cette valeur symbolique initiale. Il donne l'exemple de la présidence d'une commission. Elle perd toute la valeur si l'on ne considère plus qu'une fonction administrative place une personne au-dessus des autres, que la société démocratique est idéale et que ce sont les meilleurs qui obtiennent ce type de poste à responsabilités.

mercredi 26 janvier 2011

L'imaginaire et le symbolique dans les rapports sociaux

Pour Maurice Godelier, tout rapport social entre individus, qu'il soit politique, religieux, économique, familial... est soumis à la présence de "noyaux de réalités imaginaires" s'incarnant dans des institutions et des pratiques symboliques. Godelier rattache l'imaginaire à la pensée constituée des représentations que les humains se sont faites et se font de la nature et de l'origine de l'univers, des êtres qui le peuplent ou sont supposés le peupler et d'eux-même pensés dans leurs différences et/ou les différences qu'ils croient percevoir. Dans cet imaginaire, l'"idéel" constitue la  part subjective des rapports sociaux. C'est-à-dire pour Godelier "l'ensemble des représentations, règles de conduite, valeurs, positives ou négatives, attachées par le contenu et la logique d'une culture, aux êtres, aux choses, aux actions, aux événements qui entourent les individus, événements qu'ils subissent ou procèdent d'eux." Une culture n'existe vraiment que si l'idéel dont elle procède est associé à des pratiques sociales et matérielles. Le symbolique est l'ensemble des moyens et des processus par lesquels des réalités idéelles s'incarnent dans des réalités matérielles et des pratiques qui leur confèrent un existence concrète, visible, sociale. Les symboles ne survivent, pour Godelier, que s'ils font sens. C'est pourqoi, contrairement à Claude Lévi-Strauss, il affirme que c'est l'imaginaire partagé qui maintient les symboles en vie (et non les symboles qui priment sur l'imaginaire et le réel).

Source : Au fondement des sociétés humaines, Ce que nous apprend l'anthropologie - Maurice Godelier.

mardi 18 janvier 2011

L’imaginaire devient un rapport social quand il se traduit par des pratiques symboliques

Dans « Communauté, société, culture - Trois clefs pour comprendre les identités en conflits », Maurice Godelier démontre que les sociétés ne se constituent pas dans l’histoire à partir des liens de parenté (Lévi-Strauss) – même s’il reconnaît qu’ils sont une composante essentielle de la vie sociale - ou de production (thèse marxiste) mais à travers les rites d’initiation qui imposent un régime de pouvoir, un ordre au sein de la société. Après avoir analysé les rapports sociaux existants au sein de diverses sociétés dont celle des Baruya de Papouasie Nouvelle-Guinée, qu'il étudie de 1966 à 1988, il met en évidence que l'ordre social (ici fondé sur la domination masculine) repose sur les rites qui alimentent les mythes fondateurs, eux-même issus de faits imaginaires. Chez les Baruya, on apprend très tôt aux jeunes garçons que ce sont les femmes qui ont tout d’abord existé. Elles ont inventé de nombreuses choses parmi lesquelles les  arcs et les flèches dont elles ne savent pas bien se servir (elles tuent trop d’animaux…). Les hommes les leur ont confisqués puis interdits, ainsi que leurs flûtes, qui symbolisent leur vagin et que les hommes s'approprient.  A travers les rites d’initiation, les hommes perpétuent les actes visant à priver les femmes de leurs pouvoirs. « On mesure donc le rôle immense de l’imaginaire dans la construction des réalités sociales et des subjectivités qui les vivent et les reproduisent ».

lundi 16 août 2010

Le symbolisme, composante essentielle de l'action sociale

Les modèles sont des expressions symboliques des valeurs :
  • La conformité extérieure des modèles symbolise l'adhésion intérieure des sujets à un certain ordre de valeurs
  • L'adhésion aux valeurs symbolise l'appartenance à une collectivité ou une société
En conséquence, l'univers des valeurs apparaît comme un vaste univers symbolique dans lequel se meuvent les acteurs sociaux, groupes, collectivités, civilisations.

Le symbole

Il requiert 3 éléments :
  • le signifiant : objet qui tient la place d'un autre
  • le signifié : la chose dont le signifiant tient lieu
  • la signification : le rapport entre le signifiant et le signifié qui doit être perçu et interprété.
Les symboles sociaux n'ont qu'un rapport conventionnel avec leur signifié. D'où la nécessité de l'utilisation d'un code.

Les fonctions du symbolisme

Le symbolisme a une double fonction de communication et de participation dans le sens où le symbolisme favorise le sentiment d'appartenance au groupe.

Le symbolisme et sa fonction de participation

On distingue 4 types de symboles :


Les symboles de solidarité : ils contribuent à la représentation et au sentiment d'appartenance au groupe ( ex : drapeau, armoireries...). Au niveau microsociologique, de nombreuses fêtes et cérémonies familiales sont empreintes d'un symbolisme de paticipation ( ex : mariages, enterrements...)
Les symboles d'organisation hiérarchique : ils sont observables à travers les distinctions de rangs et de pouvoir
Les symboles du passé : la mémoire collective simplifie, résume, élague, déforme, mythifie le passé en utilisant le symbolisme
Les symboles magiques et religieux : ils ont pour rôle de relier l'homme à un ordre surnaturel ou supranaturel. Ils permettent de distinguer les fidèles des non-religieux, le clergé des fidèles, les lieux saints des lieux profanes... à travers des costumes, des rits, des sacrements...
La magie est essentiellement symbolique ( ex : rituel des statuettes pour faire mourir un ennemi). Dans les sociétés archaïques, elle accompagne la vie sociale : travail, guerre, entreprises importantes...

Conclusion

Les symboles servent à relier entre eux les acteurs sociaux, à rattacher les modèles aux valeurs dont ils sont les expressions plus concrètes et observables ; ils recréent sans cesse la participation et l'identification des personnes et des groupes aux collectivités et renouent les solidarités nécessaires à la vie sociale.