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dimanche 12 février 2012

Le travail de documentation préalable à une enquête terrain, Les conseils de Stéphane Beaud et Florence Weber, Guide de l’enquête de terrain.

Les auteurs nous rappellent qu'il est essentiel de se documenter sur son thème avant d'aller enquêter. Pour plusieurs raisons : la sociologie s'inscrit dans une tradition de recherches cumulatives, les lectures permettent de définir les premières questions ou "plus exactement, de poser de nouvelles questions à une réalité sociale elle-même changeante", pour être crédible face à ses interlocuteurs, et enfin pour se départir de ses propres prénotions. A contrario, il ne faut pas trop lire au risque de se laisser aveugler par les théories qui peuvent engendrer des interprétations hâtives.

Que faut-il faire ?
  • Recueillir un ensemble varié d'informations sur le thème : scientifique (articles, livres, colloques), journalistique (presse spécialisée, presse syndicales...); émissions TV et radio
  • Lire les comptes-rendus d'enquêtes (menées par des chercheurs sur de longues périodes)
  • Prendre connaissance des articles et ouvrages de référence (voir article suivant sur la constitution d'une bibliographie de base). Préférer les articles que les ouvrages sans se limiter à ceux parus ces dernières années.
  • S'ouvrir à d'autres disciplines des sciences sociales (Terrain, Ethnologie française, le Journal des anthropologues) ainsi qu'aux revues de sciences sociales interdisciplinaires (Annales, Genèse, Enquête) et aux revues spécialisées dans un domaine de recherche (par exemple pour le domaine de la formation, de l'emploi et du travail : Travail et emploi, Formation-Emploi revue du CEREQ Centre d'Etudes et de Recherche sur l'Emploi et les Qualifications), les revues militantes (Critique sociales).
  • Consulter les revues d'histoire (exemple : Histoire de l'Education), de démographie (Population de l'INED, INSEE Première...), de sciences économiques (Alternatives économiques, Problèmes économiques, Revue française d'économie, Tiers Monde)
  • Consulter les données sociologiques de base (Insee, Ined, Statistiques du ministère de l'Education nationale par exemple)

Comment constituer une bibliographie de base ? Les conseils de Stéphane Beaud et Florence Weber, Guide de l’enquête de terrain.

Se documenter sur un sujet et constituer une bibliographie est un exercice qui s’avère assez complexe et périlleux pour un débutant non formé aux techniques de recherche. Il risque d’y laisser rapidement toute son énergie à force de lectures inutiles, de passer à côté des ouvrages de référence ou de les découvrir tardivement (oups ! j’aurais dû commencer par là…), de se perdre en route en partant dans toutes les directions… Il faudra ensuite batailler pour remettre de l’ordre dans ses idées, refermer les portes et faire des choix… Bref, retrouver un fil rouge, pour enfin commencer à construire son sujet… !
Heureusement, il existe des ouvrages très bien faits pour se préparer à cette grande aventure qu’est la recherche en sociologie. Le « Guide de l’enquête de terrain » de Stéphane Beaud et Florence Weber est de ceux-là. « De l’investigation bibliographique à la façon de tenir un journal de terrain, de la construction d’une problématique à la manière de mener un entretien, tout est passé en revue avec minutie ». Trucs et astuces compris !
Nous allons ici faire un résumé des principaux conseils que nous donnent les auteurs pour créer sa bibliographie de base.
A éviter :
  • Recourir directement aux banques de données documentaires par mots-clés parce que l’info n’y est pas hiérarchisée.
  • Lire des ouvrages parascientifiques, des livres de synthèse (lectures de seconde main), des résumés de vulgarisation
Ce qu’il faut faire :
  • S’appuyer sur les bibliographies données par les professeurs, outre celui qui dirige vos travaux
  • Demander conseil aux bibliothécaires spécialisées en sociologie
  • Utiliser les index des revues spécialisées qui recensent les articles parus par thème et par auteur et consulter les sommaires
  • Trouver un premier article sur votre thème récent et autorisé (support reconnu au niveau académique) en passant par les notes critiques ou comptes rendus détaillés (surveys) disponibles dans les grandes revues de sociologie ou d’anthropologie. Ce premier article permet de constituer une amorce de bibliographie en notant systématiquement les références. On recommencera alors le même travail avec les articles référencés.
  • Préférer les articles de revue aux ouvrages
  • Enfin, les auteurs nous informent que les publications en sciences sociales sont hiérarchisées de façon stricte selon leurs auteurs et selon les supports de publication. Pour un même auteur et sur un même thème, on peut trouver ainsi : un article de fond dans une revue scientifique à comité de lecture, un article préliminaire, un article de synthèse, un ouvrage et un texte de vulgarisation. Les auteurs nous conseillent de ne lire que l’article de fond.

mercredi 9 mars 2011

Méthodes qualitatives, quelques techniques de recueil des données

Les auteurs du Que sais-je sur les "Méthodes qualitatives"* présentent un certain nombre des techniques de recueil des données qu'ils utilisent dans leur cabinet d'études :
  • Entretien semi-directif en face-à-face qui permet de décrire des pratiques, mettre en évidence des interactions sociales, cerner des représentations...
  • Histoire de vie "centrée" : entretien construit autour de la trajectoire de vie d'un individu, centré sur l'objet de l'étude, qui permet d'appréhender une utilisation, une représentation à plusieurs étapes de la vie
  • Observation "aménagée" : elle se déroule sur le lieu de la pratique et vient compléter le déclaratif
  • Table ronde : utilisée en complément d'autres techniques, elle permet d'appréhender les imaginaires sociaux (animation de groupes composés de 8 à 12 participants)
  • Techniques visuelles : elles peuvent être utilisées en illustration pour matérialiser les résultats de l'enquête, en complément de l'observation, en support à commenter par les interviewés, ou mises à disposition des interviewés (une caméra, un appareil photo, un crayon pour dessiner...) comme support d'expression, en support d'analyse sémiologique dans le cadre d'une analyse comparative chez plusieurs personnes enquêtées.
Les enquêtes peuvent aussi se dérouler via internet dans le cadre de blogs, entretiens individuels ou de groupes en ligne.

*Sophie Alami, Dominique Desjeux, Isabelle Garabuau-Moussaoui


 

jeudi 24 février 2011

Les méthodes qualitatives

"Les méthodes qualitatives" de Sophie Alami, Dominique Desjeux et Isabelle Garabuau-Moussaoui, collection Que sais-je chez Puf, donnent un aperçu très concret du métier de chargé d'études. L'ouvrage s'appuie sur l'expérience des auteurs pour expliquer comment se construisent les enquêtes qualitatives en présentant les principales méthodes utilisées : élaboration des outils de collecte de données, recueil des informations, transcription, analyse, restitution des résultats. Il apporte aussi un éclairage sur le fonctionnement d'un cabinet d'études, avec tout ce que cela implique en termes de prospection clients, contraintes de marchés, rédaction de proposition de recherche, signature de contrats, recrutement d'un panel...

Voici quelques-unes des idées générales que nous retiendrons de cet ouvrage sur les méthodes qualitatives :

Tandis que les méthodes quantitatives utilisent une échelle d'observation macro-sociale, les méthodes qualitatives adoptent d'autres échelles d'observation, essentiellement meso-sociale (celle des organisations, institutions, filières socio-économiques...), micro-sociale (acteurs en interaction), micro-individuelle (pour appréhender, par exemple, les critères de prise de décision ). Voir article Dominique Desjeux sur les échelles d'observation.

La démarche de recherche n'est plus hypothético-déductive mais inductive. "Elle analyse les mécanismes sous-jacents aux comportements et l'interprétation que les acteurs font de leurs propres comportements". Voir article sur les 3 grandes démarches scientifiques.
Il s'agit d'une démarche compréhensive : on ne part pas d'hypothèses fermées à valider ou infirmer mais de questions larges à inverstiguer en tenant compte de l'émergence de nouvelles idées. Même s'il est utile en amont de  réaliser un état des recherches réalisées sur le même sujet, qui permettra de repérer des thématiques peu investies susceptibles de déboucher sur des innovations en termes de résultats.

Les méthodes qualitatives mettent l'accent sur les effets de situation plus que d'apparteannce sociale qui relève des méthodes quantitatives, les interactions sociales sous contraintes, la place de l'imaginaire, le jeu des acteurs avec les normes sociales. Elles sont utilisées pour étudier des phénomènes sociaux émergents, en créativité dans un processus entrepreneurial d'innovation, pour résoudre des problèmes, illustrer des enquêtes quantitatives ou les préparer.

Elles permettent de faire apparaître des dimensions qui ne sont pas forcément visibles : diversité des pratiques, mobilité des frontières dans les étapes de cycle de vie d'un produit en fonction de la culture, construction identitaire, jeux de pouvoir entre acteurs...

La généralisation n'est pas fondée sur la fréquence comme dans les enquêtes quantitatives mais sur la diversité des "occurences".

jeudi 10 février 2011

Les limites de la méthode comparative

Rappelez-vous, dans l'un des derniers papiers de ce blog, j'avais consigné les propos de Maurice Godelier qui expliquait que la démarche intellectuelle de comparaison "de sociétés dans l'espace (anthropologie, sociologie) et dans le temps (archéologie, histoire) est au fondement même des sciences sociales". Pour Maurice Godelier, c'est la comparaison qui permet de développer des connaissances qui peuvent être utilisées pour analyser et résoudre des problèmes concrets qui se posent dans une société.

Je voudrais apporter cette fois un éclairage différent à travers la vision de Durkheim, dans "Les formes élémentaires de la vie religieuse", pour qui les "faits sociaux sont fonction du système social dont ils font partie; on ne peut donc les comprendre quand on les en détache." Durkheim précise ainsi que pour lui, des faits sociaux se déroulant dans des sociétés différentes ne peuvent être comparés sur justification qu'ils se ressemblent. Il faut que les sociétés se ressemblent. " La méthode comparative serait impossible s'il n'existait pas de types sociaux, et elle ne peut être utilement appliquée qu'à l'intérieur d'un même type. Que d'erreurs n'a-t-on pas commises pour avoir méconnu ce précepte ! C'est ainsi qu'on a indûment rapproché des faits qui, en dépit de ressemblances extérieures, n'avaient ni le même sens ni la même portée ; la démocratie primitive et celle d'aujourd'hui, le collectivisme des sociétés inférieures et les tendances socialistes actuelles, la monogamie qui est fréquente dans les tribus australiennes et celle que sanctionnent nos codes, etc."

dimanche 30 janvier 2011

3 grandes démarches scientifiques : la déduction, l'induction et la démarche hypothético-déductive

Ce sont les 3 démarches fondamentales de la recherche.
L'induction ou la démarche inductive consiste à induire des énoncés généraux (des vérités) à partir d'expériences particulières, rigoureuses et systématiques. Le chercheur observe la réalité sans idée préconçue en cherchant à tout voir si possible, à tout entendre, tout sentir pour en déduire des concepts, hypothèses, théories, lois... Il s'agit d'une approche empiriste. Fondateurs : Francis Bacon, David Hume.
Selon certains sociologues et anthropologues c'est la théorie la plus ancrée dans la réalité et non dans l'imaginaire du chercheur. Elle conduit à la vérité. D'autres la contestent, comme Karl Popper et les falsificationnistes qui avancent que l'induction ne garantit pas la véracité de ses énoncés généraux car l'observation d'une réalité ne peut être complète. Pour Popper, une démarche est scientifique si elle permet la falsification (la réfutation) d'une hypothèse et non si elle mène à une impossible vérification.
La déduction ou la démarche déductive, représentée par le philosophe René Descartes (1596-1650), se fonde sur la raison plutôt que sur les sens et l'expérience. A partir de ses intuitions (nées de la connaissance), le chercheur déduit d'autres affirmations qui en sont la conséquence. La déducation se fonde sur le raisonnement et s'oppose à l'empirisme comme source de savoir.
La démarche hypothético-déductive est celle la plus couramment utilisée par les chercheurs, c'est la démarche classique de la science moderne. Elle se compose des étapes suivantes :
1. Le chercheur pose la question de départ
2. Il formule des déductions ou des inductions en fonction des connaissances empiriques qu'il possède sur le sujet.
3. Il adopte ou construit une théorie, formule une ou plusieurs hypothèses de recherche (réponse provisoire à la question de recherche)
4. Il procède à des tests empiriques pour vérifier ou infirmer la ou les hypothèses
5. Si la ou les hypothèses sont vérifiées, la recherche s'arrête là, il lui faut communiquer les résultats.
Si la théorie, la ou les hypothèses sont infirmées par les faits, le chercheur peut délaisser sa théorie et son et ses hypothèses en tenant compte des nouveaux faits. Dans un cas comme dans l'autre, la recherche recommence (ou se poursuit) : le chercheur procède à de nouvelles déductions et/ou inductions, et ainsi de suite...jusqu'à ce qu'il découvre la vérité, c'est-à-dire la thorie et l'hypothèse qui correspondent aux faits.

Source : La démarche d'une recherche en sciences sociales François Dépelteau, coll. de boeck, 2000.
Une nouvelle édition est parue en 2010.

samedi 22 janvier 2011

Méthodologie - Comprendre pour comparer et comparer pour comprendre

Il y a quelque chose que Maurice Godelier explique très bien dans l'introduction à son ouvrage "Au fondement des sociétés humaines - Ce que nous apprend l'anthropologie",  c'est le rôle et le métier d'anthropologue. Si l'on y retrouve quelques-unes des grandes idées, les "classiques", des règles de la méthode sociologique de Durkheim,  son approche contemporaine nous permet de resituer la fonction de l'anthropologue dans le monde d'aujourd'hui. Globalisé, Godelier précise qu'il est reconfiguré par deux mouvements inverses : "un mouvement d'intégration et de mondialisation des activités et des rapports économiques au sein de chaque société et entre elles, et un mouvement de segmentation politique et culturelle qui divise et subdivise, souvent dans la violence, des ensembles politico-économiques préexistants et donne naissance à de nouveaux Etats qui doivent alors se transformer en nations" [...] réinventant leurs traditions locales. Il rappelle que la démarche intellectuelle de comparaison "de sociétés dans l'espace (anthropologie, sociologie) et dans le temps (archéologie, histoire) est au fondement même des sciences sociales". C'est la comparaison qui permet de développer des connaissances qui peuvent être utilisées pour analyser et résoudre des problèmes concrets qui se posent dans une société. Les recherches comparatives permettent, selon Godelier, une déconstruction critique, et une reconstruction plus rigoureuse des thérories en anthropologie et sciences sociales.

mercredi 12 janvier 2011

Les règles de la méthode sociologique - la méthode des variations concomitantes - Emile Durkheim

Durkheim fonde la méthode des variations concomitantes qui est toujours utilisée en sociologie même si d'importants progrès ont depuis été réalisés dans le domaine des études statistiques.
Cette méthode permet d'obtenir mécaniquement un rapport de causalité entre les faits sociaux sans recourir aux vues de l'esprit (ou presque !)
On cherche à l'aide de la déducation comment l'un des deux faits a pu produire l'autre.
On vérifie l'ypothèse à l'aide d'expériences, c'est-à-dire de comparaisons nouvelles.
Si la déducation est possible et que la vérification réussit, on pourra regarder la preuve comme faite.
Si, au contraire, on s'aperçoit que les faits n'ont pas de lien direct entre eux, on recherche un troisième phénomène dont les 2 autres dépendent et qui ait pu servir d'intermédiaire entre eux.
Dès qu'on a prouvé que dans un certain nombre de cas, deux phénomènes varient l'un comme l'autre, on peut être certain qu'on est devant une loi.

mardi 4 janvier 2011

Les règles de la méthode sociologique - évolution et transformation sociales - Emile Durkheim

Selon Durkheim, l'évolution sociale ne trouve pas son origine dans la constitution psychologique de l'homme. La cause déterminante d'un fait social doit être recherchée parmi les faits sociaux antérieurs. Il remet ici en question l'approche d'Auguste Comte pour qui l'homme est, par instinct,  poussé vers le progrès, ainsi que l'approche d'Herbert Spencer pour qui la recherche du bonheur constitue le moteur de développement d'une société de plus en plus complexe. Théories pour lesquelles leurs auteurs n'apportent aucune preuve de véracité. Dans la même perspective, Durkheim pose pour règle que "la fonction d'un fait social doit toujours être recherchée dans le rapport qu'il soutient avec quelque fin sociale". Ainsi, les faits sociaux ne doivent pas être considérés sous un angle psychologique.
Durkheim examine ensuite les éléments qui constituent le milieu social interne - les choses (objets matériels, droit, moeurs, monuments, produits de l'activité etc.) et les personnes - ne leur reconnaissant pas davantage de puissance motrice dans les transformations sociales même si elles exercent sur elles un certain poids. C'est le mileu humain qui en est le principal facteur actif, à travers le "volume de la société" (nombre d'unités sociales) et sa "densité dynamique" (nombre d'individus qui sont en relations, pas seulement commerciales mais aussi morales). La densité matérielle (développement des voies de communication et de transmission) est en général en phase avec la densité dynamique.
Pour Durkheim, c'est donc le milieu social qui est le facteur déterminant de l'évolution collective.

lundi 3 janvier 2011

Les règles de la méthode sociologique - différencier la psychologie de la sociologie- Emile Durkheim

Durkheim établit un parallèle entre la cellule vivante et les molécules qui la composent d'une part, et entre la société et les individus d'autre part, avançant qu'un "tout n'est pas identique à la somme de ses parties". L'association donne naissance à quelque chose de nouveau qui constitue l'objet d'étude de la sociologie, contrairement à la psychologie centrée sur l'être individuel. La pression qu'il considère comme étant le signe distinctif des faits sociaux, domine l'individu tout en lui étant extérieure. Ainsi, la société est un système formé par l'association d'individus qui possède ses caractères propres. "Le groupe pense, sent, agit tout autrement que ne le feraient ses membres, s'ils étaient isolés". Ainsi les phénomènes de groupe ne peuvent-ils s'expliquer simplement par le psychisme individuel de chacun des membres du groupe. Les caractères généraux de la nature humaine n'expliquent pas les phénomènes sociaux mais les rendent possibles. C'est pourquoi Durkheim considère toutefois qu'une connaissance de la psychologie peut constituer une bonne base pour aller vers la sociologie. Durkheim illustre son propos à la confusion de certains sociologues qui ont considéré que la religion, le mariage ou la famille s'expliquent par des sentiments de religiosité naturelle, de jalousie sexuelle ou de pitié filiale inhérentes à la nature humaine (à son psychisme) alors qu'en fonction des conditions sociales ou d'une société à l'autre, elles varient considérablement dans leur forme, voire n'existent pas. "C'est donc que ses sentiments résultent de l'organisation collective, loin d'en être la base".

jeudi 30 décembre 2010

Les règles de la méthode sociologique - expliquer les faits sociaux : la cause, ses effets - Emile Durkheim

Durkheim reproche aux sociologues de son époque de ne chercher qu'à montrer les effets des faits sociaux qu'ils étudient, de ne chercher qu'à expliquer le rôle qu'ils jouent sans en rechercher les causes. Il donne plusieurs exemples pour démontrer la nécessité de comprendre l'origine des faits appréhendés. Nous retiendrons celui-là : "pour rendre à un gouvernement son autorité [...] il ne suffit pas d'en sentir le besoin ; il faut s'adresser aux seules sources d'où dérive toute autorité, c'est-à-dire constituer des traditions, un esprit commun, etc." Pour lui, les causes et les effets doivent être étudiés séparément, le sociologue doit déterminer s'il y a un lien entre le fait considéré et les besoins généraux de la société - et quelle est la nature de ce lien - sans se préoccuper de savoir si ce lien a été créé de façon intentionnelle. Durkheim reconnait un caractère de réciprocité aux causes et aux effets. Si les effets découlent naturellement des causes, ils permettent également de les entretenir. Les peines sont nées du sentiment d'offense des hommes face aux crimes mais à contrario, elles entretiennent le degré d'intensité de l'offense en étant appliquées. Enfin Durkheim précise que les faits sociaux ont généralement une utilité, sinon ils disparaissent. Le sociologue, au-delà de le la détermination des causes, doit définir la part qui revient au fait social dans l'établissement de l'harmonie générale d'une société.

mercredi 29 décembre 2010

Les règles de la méthode sociologique - distinguer le normal du pathologique - Emile Durkheim

Aux yeux du sociologue, le bien et le mal n'existent pas. Son rôle n'est pas de juger les faits sociaux, sa réflexion ne doit pas être bercée d'idéologie mais éclairer la pratique. Le sociologue distingue les faits normaux des faits morbides ou pathologiques de la façon suivante : le type normal est le type moyen qui réunit les caractères les plus fréquents tandis que le type pathologique est celui qui s'écarte de l'étalon défini.
"Il faut renoncer à cette habitude [...] de juger une institution, une pratique, une maxime morale [...] pour tous les types sociaux indistinctement". La normalité ne peut être jugée que par rapport à une "espèce sociale" déterminée, à une phase précise de son développement.
"Pour que la sociologie soit vraiment une science de choses, il faut que la généralité des phénomènes soit prise comme critère de normalité".

La classification des espèces sociales

Durkheim indique que pour les historiens, les sociétés constituent des individualités hétérogènes incomparables entre elles (l'histoire est une successsion de périodes ; les sociétés n'ont rien à apprendre les unes des autres) tandis que pour les philosophes, les évolutions sociales sont liées à l'évolution des attributs généraux de la nature humaine (la constitution de l'homme domine tout le développement historique ; le genre humain est appréhendé dans sa globalité). La sociologie apporte une réponse nouvelle à travers ce qu'il nomme les "espèces sociales" qui réunit unité et diversité. La classification des espèces n'exige pas un inventaire complet de tous les caractères de tous les individus qui la composent (ce serait impossible). Durkheim préconise de ne retenir que quelques caractères présentant une pertinence, et de n'étudier que quelques sociétés et non la totalité. "Une observation bien faite, de même que, souvent une expérience bien conduite suffit à l'établissement d'une loi".
Il propose de nommer "morphologie sociale" la partie de la sociologie qui a pour tâche de constituer et classer les types sociaux.

Parenthèse : je découvre qu'il y a une rue Emile Durheim à Paris dans le 13e sur le blog de ch@


Les règles de la méthode sociologique - la démarche du sociologue - Emile Durkheim

"Traiter les faits sociaux comme des choses" et poser les fondements d'une nouvelle science de la société qui, sur le modèle des sciences expérimentales, permette de mieux la décrire et l'expliquer : tel est le projet d'Emile Durkheim lorsqu'il publie les règles de la méthode sociologique en 1895. Dans sa préface, Laurent Mucchielli, sociologue et historien, présente quel a été l'apport de Durkheim à la réflexion sociologique tout en la resituant dans son contexte historique et dans celui de l'état des recherches à cette époque. 3 grands principes à retenir :
  • les faits sociaux doivent être observés sans jugement personnel pré-établi (reconnaître et mettre à distance les prénotions) - Le sociologue doit, lorsqu'il détermine l'objet de ses recherches s'affranchir de ses préjugés et éviter d'utiliser des concepts qui n'ont pas été établis scientifiquement. S'il les utilise, il doit cependant être conscient de leur moindre valeur
  • chaque affirmation doit être accompagnée de preuves (défendre l'impérieuse nécessité d'administrer la preuve)
  • le social doit être expliqué par le social (la sociologie doit éviter la réduction du social à l'individuel, se distingant ainsi de la psychologie)
La démarche sociologique
La première étape du travail du sociologue doit être de définir l'objet de sa recherche le plus précisément possible et de façon objective à travers les propiétés que cet objet recouvre et non la façon dont il est appréhendé (idée de l'esprit). Cette première définition n'exprimera pas l'essence de la réalité mais préparera le terrain pour y parvenir ultérieurement. Elle permettra de prendre contact avec les choses, fournira le premier point d'appui nécessaire aux explications.
Les mots utilisés par le sociologue doivent être expliqués de façon préalable pour être sûr que chacun les comprendra dans le même sens. En sociologie de nombreux termes (famille, propriété, crime etc.) sont utilisés régulièrement par tout un chacun. D'où la nécessité de les préciser rigoureusement, de créer des "concepts nouveaux, appropriés aux besoins de la science et exprimés à l'aide d'une terminologie spéciale". Durkheim précise cependant que toute science doit partir de la "sensation"d'où découlent les idées générales vraies ou fausses, scientifiques ou pas mais qui constituent un point de départ en vue que la science soit ancrée dans la réalité. Pour éviter au mieux la subjectivité, le sociologue doit "poser en principe que les faits sociaux sont d'autant plus susceptibles d'être objectivement représentés qu'ils sont plus complètement dégagés des faits individuels qui les manifestent".

lundi 6 décembre 2010

Les méthodes de construction de l'échantillon

1. La méthode du modèle réduit ou méthode des quotas, dite aussi de "choix raisonné" :
elle consiste à analyser les caractéristiques de la population étudiée à l'aide des recensements et statistiques objectives ou officielles, repérer celles qui sont en lien avec le sujet étudié, transposer les pourcentages en chiffre total de l'échantillon.

2. La méthode du calcul probaliste ou méthode de tirage au sort de l'échantillon :
pour que le calcul des probabilités, seul capable de permettre la mesure de l'erreur, puisse être appliqué, il faut que l'échantillon soit tiré au sort dans l'Univers de l'enquête. Pour tirer au sort un échantillon, il faut la liste nominative des unités de la population, un procédé de tirage de sort, le pourcentage décidé de l'échantillon par rapport à la population de l'enquête.

3. Autres méthodes :

La méthode aréolaire : tirage au sort qui ne se fait plus entre individus mais sur une aire (ville, arrondissement, circonscription...)
Les méthodes d'échantillonnage à plusieurs degrés ou phases : on tire au sort par la méthode aréolaire par exemple, puis à l'intérieur des unités désignées, on tire au sort les individus.
Les méthodes d'échantillonnage stratifié : la population est divisée en strates homogènes (CSP, âge, nombre d'habitants...), on effectue des tirages au sort au sein de ces strates.
L'échantillon-maître, appelé aussi a priori : c'est un échantillon large, bien caractérisé selon toutes catégories, préparé à l'avance que l'on utilise selon les besoins pour diverses enquêtes (on taillera son échantillon dans l'échantillon-maître).
Le panel : échantillon fixe servant de référence pour toutes les enquêtes ou pour une série d'enquêtes.

Pour approfondir le sujet, lire :
Initiation à la théorie de l’échantillonnage
Jean VAILLANT

Octobre 2005

dimanche 5 décembre 2010

Le questionnaire dans l'enquête psycho-sociale

Les objectifs

L'enquête psycho-sociales a pour objectif de receuillir des données et de les croiser entre elles. Ces données peuvent être de plusieurs ordres :

Données dites personnelles - par exemple, degré d'instruction, appartenance religieuse, nationalité, participation à tels ou tels groupes, données économiques (revenus, dettes, crédits...), données professionnelles ou familiales etc. tout ceci concernant les individus dans la collectivité ou le mileu social sur lequel on effectue l'enquête.
Les données sur l'environnement - circonstances de vie, types de voisinage, relations familiales, habitat...
Les données de comportements - comment se comportent les membres de la population étudiée ?
Les niveaux d'information, les opinions, les attentes - vaste champs où triomphent les méthodes de sondage.
Les attitudes et motivations - ce qui pousse à l'action, au choix, à la décision, autant que le "pourquoi" et le "comment" des opinions.

Les méthodes
3 grandes catégories : l'observation, les méthodes d'interview, les questionnaires

Les questionnaires d'auto-administration - le sujet est seul devant le questionnaire pour y répondre.
Les questionnaires par enquêteur - l'enquêteur pose les questions et note les réponses.

Les biais

Le biais est le risque de déformation - donc d'erreur - encouru par l'enquête.

Risques : au niveau du choix de "l'univers" (population visée par l'enquête) ; de la construction de l'échantillon ; de la construction du questionnaire (questions mal formulées, réponses induites) ; de l'administration de l'enquête (attitudes de l'enquêteur) ; de la réalisation (l'échantillon interrogé ne correspond pas à celui qui a été défini) ; de la codification des réponses obtenues ; du dépouillement et de l'analyse des résultats.

Les étapes
1. Définition de l'objet d'étude
2. Préparation - Pré-enquête
3. Déterminaison des objectifs et hypothèses
4. Déterminaison de la populaiton "univers de l'enquête"
5. Détermination de l'échantillonnage
6. Choix des techniques à utiliser et rédaction du projet de questionnaire
7. Pré-test ou mise à l'épreuve du projet
8. Rédaction définitive du questionnaire
9. Choix du mode d'administration et présentation définitive du questionnaire
10. Dépouillement et codage des résultats
11. Analyse
12. Rédaction et publication